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L’histoire qui revient

Texte d’Antoine de Baecque

Il est apparu que les rapports du cinéma et de l’histoire pouvaient suivre trois configurations fondamentales. D’abord, intervient la capacité du cinéma à se faire « reconstitution » de l’histoire, au passé comme au présent, lui offrant une sorte de « seconde chance », celle de rejouer à l’écran avec les moyens du 7° art : décorum, plongée dans les documents, mouvement qui anime les corps et les personnages d’autrefois. (…)

Ensuite il y a la capacité du cinéma, quasi mécanique, à « embaumer le réel », donc à préserver, mieux que tous les autres arts sans doute, ce que l’on pourrait nommer une réalité archivistique ou encore une authenticité documentaire de l’histoire. Le cinéma rend, au mieux, l’expérience de la confrontation visuelle à ce qu’elle a été, en détails révélateurs, l’histoire du siècle. Il semble arracher des fragments d’histoire au siècle dans lequel il se meut. (…)

Enfin existe au cinéma cette capacité esthétique à s’offrir comme forme de l’histoire. (…)Le cinéma est l’art qui donne forme à l’histoire parce qu’il est celui qui peut montrer la réalité d’un moment en disposant les fragments de celle-ci selon une organisation originale : la mise en scène. Il est l’art d’une forme sensible de l’histoire et sensible à l’histoire. Comme l’écrit Jacques Rancière, il « tisse cette étoffe sensible du monde commun ». C’est un autre type de rapport entre histoire et cinéma qui s’instaure alors : ce n’est pas le film qui tente de reconstituer l’histoire ni de l’archiver en une série de détails révélateurs, mais l’histoire elle-même qui s’impose dans le matériau cinématographique à travers la forme de certains films, comme réalisés pour l’accueillir, pour qu’elle s’y relève. Le film devient un espace d’attente de l’histoire, conscient voire inconscient, où celle-ci surgit par la mise en scène, son agencement visuel et narratif particulier. Le cinéma substitue au regard du spectateur un monde qui s’accorde à l’Histoire. (…)

Extrait de l’article :

L’histoire qui revient d’Antoine de Baecque

La forme cinématographique de l’histoire dans Caché et La question humaine, ANNALES n°6, 2008
Éditions de l’école des hautes études en sciences sociales, diffusion Armand Colin

bibliographie histoire et cinéma

Une sélection d’ouvrages traitant de la démarche de l’historien et des rapports entre l’histoire et le cinéma

  • Antoine de BAECQUE , L’histoire-caméra, Paris, Gallimard, 2008, 489 p.
  • Michel de CERTEAU, L’écriture de l’histoire, Paris, Gallimard, 1975, 35 p.
  • Alain CORBIN, Le monde retrouvé de Louis-François Pinagot, Paris, Flammarion, 1998, 338 p.
  • Christian DELAGE,Vincent GUIGUENEO, L’historien et le film, Paris, Gallimard, 2004, 357 p.
  • Arlette FARGE, Le goût de l’archive, Paris, Seuil, 1989, 155 p.
  • Arlette FARGE, Quel bruit ferons-nous ?, Paris, Les prairies ordinaires, 2005, 219 p.
  • Marc FERRO, Cinéma et histoire, Paris, Gallimard, 1993, 290 p.
  • Joêl GUIBERT, Guy JUMEL, La socio-histoire, Paris, Armand Colin, 2002, 184 p.
  • Bernard KALAORA, Antoine SAVOYE, Les inventeurs oubliés, Seyssel, Champ Vallon, 1989, 293 p.
  • Priska MORRISSEY, Historiens et cinéastes : rencontre de deux écritures, Paris, L’Harmattan, 2004, 324 p.
  • Gérard NOIRIEL, Introduction à la socio-histoire, Paris, La Découverte, 2006, 121 p.
  • Paul RICOEUR, La mémoire, l’histoire, l’oubli, Paris, Seuil, 2000, 690 p.
  • Guy THUILLIER et Jean TULARD , La morale de l’historien, Paris, Économica, 1995, 87 p.

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